L’étape médiane …
Pokhara,Népal, Samedi 9 novembre 2024
(English will follow the french version)
Je ne vous avais pas oublié. Le temps passe rapidement, plus rapidement qu’à l’habitude et ça ne m’a pas empêché de rencontrer l’ennuie à certains moments. Ceux qui sont en contact avec moi sur les réseaux sociaux Facebook et Instagram ont certainement vu passer mes « promenades en direct » ou certaines de mes meilleurs images de jour en jour. Je trouvais ce moyen plus spontané, plus en temps réel, plus rapide et demandant moins d’inspiration littéraire. Je vous reviens donc sur ces cinq dernières semaines qui sont bien loin de s’effacer de ma mémoire, parce qu’elles furent remplies de rencontres, petites et grandes, mais aussi remplies de nonchalance: j’étais en vacance de tout!
Départ du Ladakh, étape 2
Les dernier jours au Ladakh ont été bien remplis. La générosité et la disponibilité du plus vieux des garçons de ma famille, Norboo, m’ont permis de réaliser un premier rêve dans cette portion du voyage: aller dans la Vallée de la Nubra. À une altitude moins élevée que Leh et la Vallée de l’Indus, celle de la Nubra fit partie de la fameuse Route de la Soie. Des traces importantes de cette époque subsistent encore de nos jours, dans la présence tout à fait « anachronique » des chameaux! Ben oui! On les a gardé et élevé depuis plus de 2000 ans, dans cette très haute vallée située entre les montagnes du Ladakh et la chaîne du Karakoram et il se sont adaptés à cette altitude de plus de 3000 mètres, tout autant qu’à son climat très froid en hiver. Des images suivront ce texte. Je penses que je vous avais déjà parlé de tout ça dans la lettre précédente, mais faisons comme dans les séries télé, permettez-moi ces petites ‘récapitulations’ 😉
J’ai donc vécu trois semaines au Ladakh au cours de cette première étape, mais une seule semaine dans mon petit village. Le temps de voir tous ceux que j’aime depuis si longtemps et de leur faire comprendre qu’il se pouvait fort bien que ce soit la dernière fois que nous nous rencontrons. Chacun semblait vouloir me rassurer en me disant « non non! Tu vas revenir! C’est certain! », mais cette fois je leur ai dit à quel point ils demeureraient en moi comme un gène très ancien, comme une étincelle de mémoire qui brillerait jusqu’à une prochaine rencontre, « dans cette forme ou dans une autre ».
Cette année, j’étais fatigué par l’altitude et la sécheresse qui affectait mes sinus et mon sommeil. L’adaptation s’est faite dans la première semaine, mais il me restait toujours un pourcentage d’ajustement que je ne suis pas arrivé à récupérer. J’ai quitté le Ladakh le 1er octobre et déjà, même dans l’avion, puis lorsque nous avons amorcé notre descente vers la plaine de Delhi, mon cœur s’est mis à rebattre plus lentement et mes voies respiratoires ont recommencé à apprécier une pression et une humidité qui me manquaient pour me sentir mieux.
Arrivé à Delhi, il me fallait changer d’aéroport pour aller prendre le vol vers Darhamsalla.
Toute une aventure.
Un court délais entre les deux vols me faisait craindre de manquer de temps. J’avais aussi un léger surplus de bagages et m’attendais à me faire imposer des frais supplémentaires. J’ai couru, un brin stressé, puis me suis défendu contre une tentative de surcharge de frais pour les deux kilos de plus dans mon sac à dos, mais je m’en suis sorti vainqueur!
J’étais parfaitement à l’heure pour mon vol suivant!
La journée était déjà bien commencée depuis 4:30 heures.
Darhamsalla, McLeod Ganj,
de nouveaux amis et
des retrouvailles joyeuses et tranquilles
Le vol Spice Jet a atterri à l’aéroport de Khangra vers l’heure du midi. On avait annoncé une cérémonie de longue vie pour le Dalaï Lama le lendemain de mon arrivée, mais à l’heure à laquelle mon taxi rentrait dans McLeod Ganj, j’ai appris que l’on avait retiré une journée aux enseignements de Sa Sainteté et que le « Long Life Puja » venait de se terminer. Ce n’était pas le bon ‘timing’ pour mon dernier séjours ici! Mais j’avais bien l’intention de le rencontrer, si mon bon karma le permettait.
Vous avez sans doute lù mon dernier texte dans lequel je vous ai partagé la réponse à ma requête d’audition.
Un séjour sans obligations
En arrivant dans McLeod Ganj, je ne savais pas si j’allais avoir la chance de revoir les amis, ou peut-être de m’en faire de nouveaux. Je ressentais une certaine solitude, un léger sentiment de ne pas trop savoir comment j’allais organiser mes journées, mais j’ai rapidement lâché prise. Il m’a fallut une infection bactérienne à la gorge, une sacrée laryngite sans doute, pour me mettre en pause et revoir mes objectifs. Au début, par une série de symptômes persistants après quatre jours, j’ai crue avoir contracté une autre COVID. Un pharmacien m’a fourni deux tests et le premier s’est avéré négatif. Je me suis donc tourné vers le « six pack » d’Azytromicin que je traîne toujours avec moi et les symptômes se sont mis à diminuer rapidement, laissant cependant place à cette fameuse toux muqueuse qui s’étire parfois sur des semaines, caractéristique évidente de cette sacrée infection du larynx à chaque fois que je m’en suis tapé une. J’ai traîné cette toux qui yoyote depuis plus d’un mois, le matin ou lorsque la fumée et la poussière s’élèvent, dans l’air ambient.
De rencontres fortuites et heureuses
Peu à peu les amis sont réapparus. « Hey Ray! Are you available tomorrow for breakfast » me lança la première, mon amie Archaana qui devait bientôt entrer en retraite pour trois mois. Puis ce fut mon jeune ami Shankar, le petit cordonnier des rues de Leh, rencontré plusieurs années auparavant et qui vit entre le Ladakh et son Himachal Pradesh natal. Bien sûr, j’ai retrouvé tous ces amis marchands, tout au long de Temple Road. Lhakpa, Tashi, Kamal et tous les autres que je revois d’année en année, sans jamais me rappeler de leurs noms. Ces amis du Tibet, du Cachemire, du Sikkim et d’Himachal Pradesh, tous venus ici, à Darhamsalla, avec l’espoir de gagner décemment leur vie et nourrir leurs familles. Encore une fois on a ris, pris le thé, serré dans les bras cette amitié qui ne semble jamais avoir vieilli et que nous chérissons comme un point de repère essentiel qui permet de nous sentir reliés avec cet ailleurs d’où l’autre vient.
J’étais assis dans la cour du temple où réside le Dalaï-lama, lorsqu’une allemande quarantenaire, accompagnée d’un moine tibétain, vint s’asseoir à mes cotés. Dans une conversation fort sympathique, elle me fit part de son souhait de rencontrer le « Grand Quatorzième ». Elle venait de perdre son père adoptif, un tibétain vivant au Ladakh et ayant vécu la torture dans les geôles chinoises. Ayant passé à ses cotés plus de treize ans, elle avait réalisé un fabuleux documentaire sur sa vie, à sa demande. Le pauvre homme n’a jamais pu réaliser son rêve de rencontrer son grand maître le Dalaï-lama et c’est avec cette motivation qu’elle essayait d’obtenir un audience qui lui était toujours refusée.
Nous nous sommes retrouvés à plusieurs reprises au cours de ma dernière semaine dans McLeod. Ensemble, nous sommes allés visiter le monastère Tantrique de Gyuto qui est relié à la grande école Gelugpa du Dalaï-lama, mais aussi au 17ieme Karmapa qui y résida dès son arrivée en Inde, le 5 janvier 2000.
Deux jours avant mon départ, je lui ai composé une lettre, l’assurant qu’elle avait de bonnes chances d’obtenir une audience. La recette? L’authenticité des propos de la demandes! Mais comme je le lui disait “avec un brin de violoncelle alto” pour bien accrocher l’attention du lecteur du courriel.
Tous les demandeurs ont une bonne raison de vouloir rencontrer le Dalaï-lama, mais il faut être clair et peut-être hors du commun dans ce qui nous motive à demander cette audience. Il n’est pas défaut de signifier qu’on est déjà sur place, d’indiquer où l’on est logé, mais aussi de dire pour combien de temps on y sera. Un délais trop court ou beaucoup trop long peut parfois nuire à la demande. Nick Ann a envoyé sa demande en pleine tombée du jour et la réponse lui est parvenue… 23 minutes plus tard. “You are most welcome to join the public audience this Friday morning”. J’avais fait la même chose pour moi et pour deux autres personnes rencontrées ici et nous avons tous pu obtenir une audience. Lorsque les causes et les conditions sont réunies, les résultats de nos actions prennent forme.
Le karma n’est ni “destiné”, ni “punition”, ni “récompense”. Le mot « karma » signifie “action” ou “acte” et chacune de nos actions à elle seule est porteuse de résultat, d’effet, comme autant de semences peuvent l’être lorsque les causes et les conditions sont réunies: vent, sol eau, soleil, etc.
Tout au long de mes trois semaines à Darhamsalla, je me suis levé avec le soleil, couché avec la nuit. J’ai marché des kilomètres à chaque jour, visité le monastère Namgyal et les chutes de Bagsu à plusieurs reprises. J’ai flâné dans mes petits restaurants et cafés préférés, réalisé quelques vidéos et pris des dizaines de clichés. Pas une seul jour n’est arrivé dans lequel je me sois obligé à quoique ce soit. Sauf pour trois journées: une passée au lit à cause de la laryngite, une à préparer ma rencontre avec Sa Sainteté le Dalaï-lama et une à quitter ce lieu devenu mythique pour descendre sur Delhi et partir vers le Népal.
De cette rencontre inoubliable …
Je me suis levé à six heures, fais ma toilette et me suis revêtu de mes vêtements les plus propres. J’avais apporté ma petite goncha ladakhi pour assister au mariage de Paljor, mais aussi pour rencontrer mes maîtres. Le vêtement traditionnel aura bien servi ce jour-là.
À 8:30 j’étais en début de file devant le bureau de la sécurité du Namgyal Monastery pour déposer mon passeport et montrer patte blanche. J’avais apporté une très belle statuette de Tara, toute de résine verte, translucide, afin qu’il la bénisse.
Après être passé par la sécurité, kata en main (ce foulard de soie que l’on offre habituellement aux grands maîtres et qu’ils nous repassent autour du cou en guise de bénédiction) » , on m’a invité à m’asseoir à quelques mètres du fauteuil où il allait bientôt se déposer, avec d’autres visiteurs de l’Ouest. Nous étions au maximum une trentaine. Au préalable, les gens de la sécurité venaient vers chacun de nous, liste en main, sourire bienveillant, pour nous accueillir à nouveau et nous identifier avant de nous aligner dans cette file « indienne ».
En le voyant arriver en jeep, soutenu par ses accompagnateurs pour sortir du véhicule et s’asseoir dans son fauteuil à quelques mètres de nous, tous les visages s’éclairaient d’un sourire de ravissement, d’une lumière réfléchie par celui vers lequel autant de regards convergeaient. Puis il a commencé à nous accueillir, un à un, prenant le temps de nous écouter, de nous parler, ou d’en taquiner un ou deux en lui pincant le nez. Les yeux se mouillaient tout autour de lui et dans la chaîne humaine, en attente de ce moment unique.
Je me suis approché de lui, nous avons plongé nos yeux les uns dans ceux de l’autre et je lui ai dit que l’un de mes « maîtres racine » qu’il connaît très bien m’avait donné les noms qui étaient les siens lorsqu’il était petit. « That must have been very auspicious since I am here in front of you today! ». On a rit, j’ai porté sa main à mon front et je me suis levé pour le remercier de m’avoir accueilli. Puis, nos fronts se sont rencontrés dans ce geste de bénédiction profonde que le maître sait si bien offrir à son élève. J’étais sans mots, suspendue dans le temps et l’espace, rempli de son courage et de sa forte résilience, baignant dans cette lumière que je ne peux décrire par des mots. Il m’en est resté cette force que j’accumule sur la mienne et qui enrichira mes temps à venir.
J’ai quitté Darhamsalla le 22 octobre puis suis arrivé à Kathmandu le même jours, épuisé par la laryngite et les antibios. Mais à l’arrivée…
Entrée au Népal cul par-dessus tête …
Le vol de Vistara a quitté Delhi avec au moins 45 minutes de retard, à cause d’un long processus de vérification des passagers avant l’embarquement. Plutôt irrégulier comme procédure. Nous allions bientôt comprendre pourquoi.
Ce fut un beau vol, mais ma force physique déclinait, je me sentais fiévreux et malgré le confort de mon siège en « Premium Economy » je n’avais qu’une hâte, atterrir et aller m’installer dans un lit, au Monastère de Schechen.
A peine atterris, un bus nous attendait pour un transfère rapide vers le terminal d’arrivé. Mais, rendu devant la porte d’entrée, la navette a fait un arrêt prolongé. Nous sommes demeurés debout, à la chaleur et sans climatisation ni ventilation, dans un bus bondé de monde. Des enfants dans les jambes, des parents exaspérés, des voyageurs impatients. Les portes se sont ouvertes à deux courtes reprises, mais rien n’y fut! Je déclinais.
Lorsqu’on nous a fait sortir, au bout d’au moins trente minutes, j’avais du mal à me tenir sur mes jambes. Une agente de sécurité m’a prise par un bras, comme nos mères « squisaient » le bras de leurs petits lorsqu’ils étaient trop désobéissant. J’imaginais tous ces non-voyants qu’on essaie d’aider à traverser les rues en leur prenant le bras de la même manière. Son geste remplit de bonne volonté, elle a demandé à ce que l’on m’apporte un fauteuil roulant, dans lequel je me suis littéralement laissé tomber avant de perdre connaissance. Puis, un autre agent a finit par apparaître pour me déplacer à l’ombre d’un mur. Nous sommes restés sur le tarmac une bonne quarantaine de minutes, les policiers, les soldats et les agents de l’aéroport envahissant les lieux pour fouiller tout: l’avion, les sacs et même nos poches.
Je voulais juste rentrer au pays!
Même chaos rendu à l’intérieur! Une autre longue ‘quarantaine’ d’attente dans l’antichambre du terminal, puis une autre dans le terminal de la douane et une bonne autre demie-heure à l’accueil des bagages. L’armée et les chiens renifleurs étaient partout et il y avait même un camion anti-bombe venu se stationner devant l’avion de Vistara.
Je vous éviterai le trop plein de détails, mais disons simplement que le vol a atterri à 16:30 environ et que je suis enfin rentré au guesthouse de Schechen vers 19:50, épuisé. Mais comme je repartais vers Pokhara moins de 36 heures plus tard, il me restait des bagages à réorganiser avant d’aller au lit. J’ai malgré tout eu une bonne récupération et le lendemain j’avais assez d’énergie pour aller faire quelques achats dans Thamel, en prévision de ma semaine de trekking dans le Bas-Mustang.
Le soir même et le lendemain de ce drôle de retour au pays, les journaux indiens et népalais nous informaient que des dizaines de vols des compagnie aériennes Vistara et IndiGo avaient reçues des alertes à la bombe qui se sont toutes finalement avérées fausses. Notre vol inclut!
Pokhara - Mustang - Pokhara
Une aventure himalayenne fabuleuse
entre deux séjours dans cette ville étourdissante et si belle à la fois.
J’aime Pokhara, assez pour y retourner, à cause du lac Phewa et des montagnes qui l’entourent, offfrant des paysages à couper le souffle. Se promener sur Lakeside peut cependant devenir lassant lorsqu’on est un contemplatif. Des marchands à profusions, des cafés, des boutiques d’articles et de vêtements de plein-air qui se répètent et à travers lesquels on effectue un passage presque obligé lorsqu’on a besoin de quelque chose avant de partir en trek. On finit par les identifier, selon les prix qu’ils demandent et on y retourne les acheter en les négociant un peu.
Il y an aussi ces salons de massage, des « spas » comme ils l’écrivent sur leurs panneaux bien présent sur les trottoirs. Ils me rappellent ces magasins de t-shirts dans Bourbon Street, à la Nouvelle-Orleans, que l’on retrouve à toutes les trois portes, ce genre de commerce qui vous ‘achale’ littéralement à chaque fois que vous apparaissez, surtout lorsque vous êtes un homme seul. Je me suis aussi fait « apostropher » par un restaurateur qui voulait absolument que j’aille manger dans son restau, insulté parce-que je cherchais à manger un ‘dosa’ Indien et non pas un traditionnel menu nepalais. Décidément, cette année les commerçant de Pokhara semblaient déjà subjugués en début de saison.
J’y suis demeuré six nuits et j’y ai retrouvé un ami de Knowlton avec lequel j’ai eu le plaisir de quelques rencontres-repas avant de partir vers la région du Bas-Mustang. Un voyage que je n’oublierai pas!
Mustang, entre Ladakh et Népal 🇳🇵
Je rêvais d’aller dans le Haut-Mustang depuis mes premiers séjours au Népal, mais le coût des permis pour y séjourner étant énormes, je me suis tourné vers un trek de sept jours dans le Bas-Mustang. En fait, cinq jours puisque la route entre Pokhara et Jomosom demandait presque une journée entière sur des routes incertaines à l’aller comme au retour.
Nous avons marché depuis Kagbeni vers Jharkot, Muktinath, Lubra, et Marpha. Un bus local nous a emmené à Tatopani, en passant pas Jomosom où nous ne nous sommes pas arrêtés plus de quelques minutes et où je n’ai pas trouvé grand choses, à part quelques vues intéressantes sur les hauts sommets. Jomosom est un arrêt de passage, si vous décidez de voler pour monter dans cette région, puisque c’est la seule ville à offrir une piste d’atterrissage aux petits avions.
Je croyais trouver une terre aride et pierreuse comme au Ladakh, mais j’ai été fort surpris par la présence d’arbres colorés par l’automne, comme au Québec, mais surtout un bon taux d’humidité qui rendait l’air beaucoup moins agressant. L’altitude, malgré qu’elle fut similaire à la Vallée de l’Indus et de la Nubra (au Ladakh), me fut beaucoup plus facile à supporter. À partir de la veille de notre montée, j’ai quand même pris de petites doses d’acetazolamide (le fameux Diamox) pour prévenir le mal des montagne. Aucun effet secondaire et une adaptation réussie m’ont permis un séjour rempli de vitalité. J’ai dormis comme un jeune homme, chacune des nuits passées en haute altitude. J’ai marché, montant très haut et à des vitesses que j’atteins habituellement au niveau de la mer. J’avais de l’énergie à revendre même si, comme une tortue de 66 ans, je trainais une carapace de 15 livres en guise de sac à dos 🎒.
« L’immensité, les monts, les cieux, la plaine, l’astre du jour qui répend sa chaleur » chantaient le père Gédéon. Voilà ce qui décrit si parfaitement cet espace que j’ai traversé en cinq jours de trek, par monts et vallées.
La tradition la plus présente ici tient des différentes traditions bouddhistes venues du Tibet, dont particulièrement celle de bouddhistes Bön, fabuleux syncrétisme de diverses traditions spirituelles venues semble-t-il d’aussi loin que la Perse. Cependant, les monastères visités appartenant à cette ‘école’ donnaient l’impression d’une extinction déjà bien entamée, malgré l’engouement que peut susciter ses aspects ésotériques chez ses adeptes de l’Ouest et malgré la présence certaine sur les réseaux sociaux du bien connu Tenzin Wangyal, un cousin germain de notre ami le Khenpo Kunga Dakpa.
Des quelques monastères visités, ceux qui étaient encore actifs et logeaient les plus larges sanghas de moines, la plupart appartenaient plutôt aux traditions Nyingma et Sakya. Leur monastères bien entretenus et ouverts à tous démontraient une activité supportée par les villageois vivant à proximité. Mais je me souviendrai de cette petite maman tibétaine et de sa petite fille qui vidaient les bols d’offrande lorsqu’elle nous a ouvert la porte du temple Bön de Lubra. Elle-même de tradition Nyingmapa, elle avait adopté la tradition Bön de son époux et avait pris la responsabilité de présenter et d’enlever les offrandes, matins et soirs, témoignant de cette mixité qui dépasse les préjugés courants, dans l’Ouest comme en Asie, entre les différentes écoles qui au fond ne diffèrent que par quelques menus détails.
Vous savez, l’ignorance les uns des autres et la prétention de certains dirigeants existent aussi dans le monde du bouddhisme tibétain, tout comme dans tous ses parallèles.
Nous avons quitté Lubra, ce magnifique, tout menu et très ancien village Bön le matin du cinquième jours, marchant par la rivière et la route asphaltée vers l’étape suivante, Marpha.
S’il est un village qui se doit d’être visité, c’est bien Marpha. On y a même tourné des films entiers. Ses très vieilles rues et ses maisons de style très himalayen donnaient l’impression d’un immense retour dans le temps. Avec plus de 800 ans d’histoire, le village est aujourd’hui connu pour son brandy de pomme qui porte fièrement son nom sur l’étiquette. J’en ai acheté deux petites bouteilles, pas plus grosses que celles des cafés froids Starbucks que l’on retrouve partout dans les épiceries du monde, même ici. Nous nous en servirons certainement dans des desserts et des cocktails des fêtes!
Au sixième jour, nous sommes partis vers Jomosom puis Tatopani.
Tato pour ‘chaud’ et Pani pour ‘eau’ en langue népalaise, vous pouvez tout de suite imaginer que l’on parle de sources thermales. Je ne m’y suis pas baigné simplement parce que je n’en avais ni envie, ni ne me sentais attiré par les installations publiques, pas plus que par l’odeur un peu sulfureuse qui s’en dégageait. Nous y étions d’ailleurs en plein temps de festival et il fallait y aller tôt le matin pour ne pas baigner dans une ‘soupe de monde’ venue du Népal et de l’Inde. Même chose au fameux temple de Muktinath où l’on prête à une eau froide venue des montagne des bienfaits miraculeux dont seul certains « croyants » peuvent témoigner. Lourde et Notre-Dame en connaissent sans doute la recette.
La soirée passée a Tatopani fut la moins agréable du voyage. Un gîte désuet, des ‘lodges’ à re-fourbir de A à Z et de jeunes voisins venus des USA ou du Canada qui ont passé la soirée à festoyer comme s’ils étaient seuls au monde. Vers minuit je les ai gentiment ‘invité’… à me laisser dormir et à en faire autant.
Il pleuvait des cordes et le toit de tôle mince sur nos chambres se faisait marteler. Ça n’augurait pas très bien pour les routes déjà fort abîmées que nous avions parcouru dans le sens contraire, une semaine plus tôt. Nous avons mis le cap vers 8:00, après une petit déjeuner copieux. La cuisine, contrairement au gîte, était fort appréciable. Au moins ça!
Ce chemin cahoteux que nous aurions dû parcourir en quatre ou cinq heures nous a volé trois heures et demie de plus. D’immense rochers et des tonnes de pierres et de terre avaient glissé des montagnes envahissant la route à trois endroits, sii bien que cette voie en parois escarpées devenait impraticable. Ils aura fallu plus de quatre heures, deux béliers mécaniques et une quantité de mains pour dégager les éboulements afin que les nombreux véhicules alignés sur plus d’un kilomètre de chaque côté puisse enfin circuler. Il y avait deux autres glissements un peu plus loin, mais le temps d’y arriver et une bonne demi-heure d’arrêt, le chemin était enfin dégagé et nous avons pu descendre vers Beni pour dîner, puis vers Pokhara pour terminer l’après-midi.
Ici comme chez-nous, on pourrait chanter les paroles de Vigneault:
« Chaque élection la route achève, mais comme disait le défunt Noré ‘avant qu’elle ait fait tous ses croches, j’serai enterré’ ».
On peut espérer que ceux qui viendront dans le Mustang dans quelques années auront la chance de rouler sur des ‘rubans noirs’… plus rapides.
Je suis donc rentré sur Pokhara, content de retrouver mes affaires et de passer à la prochaine étape, soit retourner à Bodhanath dans six jours. Ces journées m’ont parut plus longues qu’avant le trek. Pokhara, comme je le disais plus tôt, est un lieu presque paradisiaque, mais pour un pratiquant bouddhiste qui a besoin de tranquillité et qui apprécie le rythme des hauts lieux du dharma, l’ambiance ultra touristique de Lakeside peut devenir lourde et même épuisante. J’ai passé une partie de mon temps sur les rues, sur le bord du lac et dans ma chambre (tous les après-mid)i. Je n’en pouvais plus d’être sollicité, même indirectement.
La sixième journée de cette seconde semaine me paraissait plus lointaine que je ne l’avais imaginée. Le 11 novembre au matin, j’étais donc ravis d’aller vers l’aéroport, mais encore d’avantage que l’on accepte de me ramener à Kathmandou une heure plus tôt, sur un vol précédent.
Je suis rentré sur Bodhanath pour m’installer à nouveau au guesthouse du monastère Schechen et reprendre contact avec cette énergie effervescente d’une mystérieuse qualité sur la Kora du Grand Stupa.
Les amis resurgissent à chaque jour que le bon temps amène et les retrouvailles n’en sont que meilleures. Aujourd’hui, jeudi 14 novembre, j’ai rencontré « par hasard » ma bonne amie bulgare Dessyslava. Nous nous connaissons depuis plus ou moins dix ans et nous étions en retraites avec Mingyur Rinpoché en juin dernier, au monastère de Tergar Ösel Ling, dans Swayambunath. Nous nous retrouverons à Lumbini pour le séminaire annuel et la retraite qui suivra, en fin novembre.
Le lendemain de mon retour j’ai eu l’opportunité immense de rencontrer et recevoir les bénédictions d’un des plus grands maîtres du bouddhisme tibétain, Sa Sainteté le 41ieme Sakya Trinzin, chef de file de l’école Sakya. Après avoir eu la chance incroyable de rencontrer le Karmapa, Le Dalaï Lama et de grands maîtres de la tradition Nyingma, il me restait à rencontrer ce dernier de qui j’avais reçu la transmission d’un texte important pendant la pandémie de Covid 19. On m’avait dit « Il est comme un monument ». Lorsque je suis arrivé devant lui, je l’ai remercié pour cette transmission qu’il avait accepté de nous donner, puis il m’a demandé ‘Where are you from?’ Lorsque j’ai répondu ‘I’m from Canada!’ Son visage s’est éclairé d’un immense sourire.
Trois jours plus tard, j’ai appris qu’il avait longtemps cherché à retrouver sa sœur et devinez où elle avait migré?
Au Canada!
Voilà!
C’est le début du dernier tournant de ce séjour exceptionnel, qui marquera pour moi le retour à la maison. Les causes et les conditions sont déjà réunies pour une suite qui s’annonce remplie de nouvelles… bénédictions.











































































































































Que de magnifiques photos …toujours empressée de te lire mon p’tit frère ..et de rencontrer , aux travers tes récits , ces exceptionnelles régions ! Bonne continuité ! 🫶😘
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