J’étais venu chercher - I had come to look for …


Il y a plus de vingt ans j’étais venu chercher…



  Depuis vingt ans, je suis venu dans ce petit village à des kilomètres de la civilisation moderne. J’y ai séjourné à onze reprises, sentant l’appel d’y retourner pour trouver quelque chose d’essentiel qu’il ne m’est pourtant pas simple de nommer. D’année en année, j’ai tissé ces liens uniques avec les gens de “mon” village et me suis rapproché de ce quelque chose.


En 2004, lors de mon premier séjour à Hemis Shukpachan, un vieillard du village, mémé Chotak, m’avait dit que j’y renaîtrait. Il semblait sûr de lui dans sa prophétie. Il m’avait même annoncé qu’en priant le Dallaï-Lama en cette vie, je me réincarnerais ici dans une prochaine et que je deviendrais un bon moine.

J’avais souri à ses mots.


Aujourd’hui, sur les quelques jours qu’il me reste de ce qui pourrait être mon dernier voyage au Ladakh, je ne saurais toujours pas nommer ce que j’étais venu chercher il y a deux décennies, mais je le ressens beaucoup plus sensiblement maintenant. Plus que jamais lors des séjours précédents, je suis convaincu qu’il est temps de ramener ce trésor, là où j’ai pris naissance la première fois. Le moment est arrivé d’en faire bénéficier les autres.


Ma plongée dans les enseignements et les pratiques du Mahayana et plus encore dans celles du Vajrayana, depuis au-delà de 25 ans m’ont amené à plus de clarté et plus de lucidité face à moi-même et aux autres, qu’ils soient humains ou animaux. 


Sans savoir ce que c’était, ce que je venais chercher sur le toît du monde se précise de plus en plus au fil de ans. 


Attention! Je suis loin de m’être libéré de tous mes vieux patterns, de toutes mes vieilles empreintes, ou de toutes ces très anciennes habitudes profondément ancrées, mais je les reconnais et les regarde avec tellement plus de lumière et d’acceptation qu’auparavant. 

Lorsque certains me disent “Tu te prends encore la tête dans les ronces après toutes ces années de pratiques?” Je leur réponds, s’ils savent écouter et entendre, que j’en suis plus conscient que la plupart des gens et que leurs apparitions spontanées ne durent maintenant que très peu de temps, alors qu’autrefois je pouvais m’éparpiller et me perdre dans des rajouts émotionnels qui duraient des jours et bien davantage. Je dis toujours que c’est ce que nous avons en commun avec le ruminants, sans même en être conscients.


Une étude que citait le Dalai Lama précisait à quel point la réaction émotive réelle à une insulte ne durait que quelques minutes et que toute la souffrance qui se construisait par la suite ne venait que de l’esprit de celui qui se sent insulté. Dans la psychologie bouddhiste, on parle d’un septième aspect de la conscience qui est celui du moi, de l’ego et quoiqu’il n’existe pas réellement en soi, c’est dans celui-ci que se construisent tous ces rajouts, toutes ces surimpressions qui génèrent et alimentent notre propre souffrance. Mon défunt maître zen Albert Low répétait sans cesse « Don’t blame it on others! », « Ne jetez pas le blâme sur les autres! » et ça fait écho dans ma vie depuis la fin du siècle dernier.


Mais laissons de côté ce que je suis venu chercher ici, ce que je suis venu ‘rapatrier’. J’y reviendrai au cours de mes prochaines lettres. Laissez-moi plutôt vous raconter un tant soi peu mes premiers dix jours.


Le 9 septembre Dernier, à 22:07 je quittais Montréal à bord d’un Dreamliner d’Air Canada en direction de Delhi. Rapidement après le décollage, j’ai allongé mon siège et me suis endormie. Nous volions au-dessus de la Nouvelle-Écosse lorsque je fut réveillé par la course et les appels des agents de bord réclamant un médecin. Quelqu’un n’allait certainement pas très bien. Un agent de bord m’a alors confié « On essaie de ranimer un passager, mais ca regarde mal! ». Un homme de 84, apparement Indien, venait de faire un arrêt cardiaque. Le Commandant pilote sorti de sa cabine est venu me parler « C’est la troisième fois que ça m’arrive en un an ». « Nous allons retourner à Montréal déposer le défunt et sa famille, puis nous aurons un ‘débriefing’ avec les agents de l’aéroport. Nous devrions être en mesure de repartir dans quelques heures, si Transport Canada veut bien nous l’autoriser ».

Nous sommes enfin repartis vers 02:40, le 10 septembre.


J’étais un brin inquiet, car j’avais un vol vers le Ladakh prévu pour 5:00 du matin le 11. Je risquais d’arriver serré sur le départ. Le commandant m’a rassuré en me disant qu’il prendrait une route aérienne plus courte afin de sauver du temps. Nous avons atterris à Delhi à 01:17 le 11 au matin. Il me restait trois heures et demie avant le vol de Vistara devant m’emporter au Ladakh. Changement imprévu d’aéroport, ré-enregistrement des bagages et passage aux détecteurs, j’étais à l’heure pour l’attente et la montée à bord.


Je suis arrivé sur ma terre adoptive vers 7:00. Le plus jeune des garçons de la famille, Tsering Dorje, m’attendait pour me transporter vers le guesthouse où j’ai toujours séjourné depuis 2001, lorsque je suis à Leh, la capitale. La douche, aussi légère qu’un mauvais arrosoir à fleurs, fut accueillie comme une grande bénédiction. Je me suis lentement installé dans la chambre habituelle et je me suis mis dehors pour aller prendre un petit déjeuner dans mon petit restau préféré. À 11:00 j’étais ‘cassé’. Je suis rentré me mettre au lit pour un petit somme qui a duré… deux heures.


J’ai toujours un peu de difficulté à retrouver mon énergie lorsque j’arrive au Ladakh. Plus d’une journée de voyagement,une montée subite à 3550 mètres, un air trop sec, le paysage est un peu comme celui de l’Afganistan ici, de la montagne nue et peu de verdure. Quoique les villages sont toujours traversés par des cours d’eau venus des sommets et laissent monter quelques genévriers, quelques saules et peupliers, ainsi que de beaux jardins de légumes et de fleurs.


Je suis arrivé sur Leh le 11 et suis parti vers Hemis hukpachan le lundi 16, avec celui que j’appelle affectueusement ‘mon fiston ladakhi’, Thinles Paljor.


Je suis donc arrivé en Inde Himalayenne il y a plus d’une semaine et je deal toujours avec la sécheresse dans mes voies nasales et sinusales, mais aussi avec quelques maux de tête répétitifs dus à l’altitude et à des maux de dents et de cervicales. Mais ne vous en faites pas, je vais dans toutes les directions, à la rencontre de ces lieux que je me plais à retrouver.


Je vous avais parlé d’un mariage, il aura finalement lieu en novembre. Paljor et sa sœur cadette de deux ans prendront époux deux jours consécutifs. Mais non, je n’y serai pas. Je serai au Népal à ce moment là et pour d’autres événements.


J’avais prévu aller dans la Vallée de la Nubra avec le plus vieux des garçons, mais je ne sais tours pas si et quand ça aura lieu. Il ne me reste que onze jours au Ladakh et je souhaiterais être de retour à Leh le 28 septembre afin de préparer mon départ du 1er octobre au petit matin.


Voilà pour cette première dizaine. Je vous reviendrai d’ici le 2 ou 3 octobre, ou peut-être avant.

Je vous laisse sur quelques images saisies depuis le début.

(Vous trouverez les images plus en bas, après la version anglaise)


__________


For twenty years, I have been coming to this small village miles away from modern civilization. I have stayed there eleven times, feeling the call to return to find something essential that is not easy for me to name. Year after year, I have woven these unique bonds with the people of “my” village and have gotten closer to this something.


In 2004, during my first stay in Hemis Shukpachan, an old man from the village, Mémé Chotak, told me that I would be reborn there. He seemed sure of himself in his prophecy. He had even announced to me that by praying to the Dalai Lama in this life, I would reincarnate here in the next one and that I would become a good monk.


I smiled at his words.


Today, in the few days left of what could be my last trip to Ladakh, I still cannot name what I came looking for two decades ago, but I feel it much more acutely now. More than ever during previous stays, I am convinced that it is time to bring this treasure back to where I was first born. The time has come to share it with others.


My immersion in the teachings and practices of Mahayana and even more so in those of Vajrayana, for over 25 years have brought me greater clarity and lucidity towards myself and others, whether human or animal.


Without knowing what it was, what I came looking for on the roof of the world has become more and more precise over the years.


Attention! I am far from having freed myself from all my old patterns, from all my old imprints, or from all these very old deeply rooted habits, but I recognize them and look at them with so much more light and acceptance than ever before. 

When some people say to me “Are you still getting your head in the thorns after all these years of practice?” I answer them, if they know how to listen and hear, that I am more aware of it than most people and that their spontaneous appearances now only last a very short time, whereas in the past I could scatter myself and get lost in emotional additions that lasted for days and much more. I always say that this is what we have in common with ruminants, without even being aware of it. 


A study cited by the Dalai Lama specified how the real emotional reaction to an insult only lasted a few minutes and that all the suffering that built up afterwards only came from the mind of the one who felt insulted. In Buddhist psychology, we speak of a seventh aspect of consciousness which is that of the self, of the ego and although it does not really exist in itself, it is in this aspect that all these additions, all these superimpositions that generate and feed our own suffering are built. My late Zen master Albert Low constantly repeated “Don’t blame it on others!” and it has echoed in my life since the end of the last century.


But let’s leave aside what I came here to seek, what I came to ‘bring back’. I will come back to it in my next letters. Let me instead tell you a little about my first ten days.


On September 9th, at 10:07 pm, I was leaving Montreal on an Air Canada Dreamliner bound for Delhi. Shortly after takeoff, I reclined my seat and fell asleep. We were flying over Nova Scotia when I was awakened by the flight attendants running and calling for a doctor. Someone was definitely not doing very well. A flight attendant then told me, “We are trying to reanimate a passenger, but it doesn’t look good!” An 84-year-old man, apparently Indian, had just been carried to death by  a stroke. The Captain Pilot came out of his cabin and came to talk to me, “This is the third time this has happened to me in a year.” “We are going to return to Montreal to drop off the deceased and his family, then we will have a ‘debriefing’ with the airport agents. We should be able to leave in a few hours, if Transport Canada will allow us to do so.” We finally left around 2:40 am on September 10th.


I was a bit worried, because I had a flight to Ladakh scheduled for 5:00 am on the 11th. I was likely to arrive tight on departure. The captain reassured me by telling me that he would take a shorter air route in order to save time. We landed in Delhi at 01:17 am on the 11th in the morning. I had three and a half hours left before the Vistara flight that was to take me to Ladakh. Unexpected change of airport, re-checking of luggage and passing through the detectors, I was on time for the wait and boarding.


I arrived on my adopted land around 7:00 am. The youngest boy of the family, Tsering Dorje, was waiting for me to take me to the guesthouse where I have always stayed since 2001, when I am in Leh, the capital. The shower, as light as a bad watering can, was welcomed as a great blessing. I slowly settled into my usual room and went out to have breakfast at my favorite little restaurant. At 11:00 I was 'knackered'. I went back to bed for a little nap that lasted... two hours.


I always have a little trouble finding my energy when I arrive in Ladakh. More than a day of travel, a sudden climb to 3550 meters, too dry air, the landscape is a bit like that of Afghanistan here, bare mountains and little greenery. Although the villages are always crossed by streams coming from the summits and let rise a few junipers, a few willows and poplars, as well as beautiful vegetable and flower gardens.


I arrived in Leh on the 11th and left for Hemis hukpachan on Monday 16th, with the one I affectionately call 'my Ladakhi son', Thinles Paljor.


So I arrived in Himalayan India over a week ago and I am still dealing with dryness in my nose and sinuses, but also with some repetitive headaches due to the altitude, and toothaches and neck pain. But don't worry, I am going in all directions, to meet these places that I always like to return to.


I had told you about a wedding, it will finally take place in November. Paljor and his two-year-old younger sister will get married on two consecutive days. But no, I will not be there. I will be in Nepal at that time and for other events.


I had planned to go to the Nubra Valley with the oldest son of the family, but I don't know if and when it will take place. I only have eleven days left in Ladakh and I would like to be back in Leh on September 28th to prepare for my departure on October 1st in the early morning.


That's it for this first ten days. I will get back to you by October 2nd or 3rd, or maybe before.

I will leave you with some images captured since the beginning.


























Commentaires

Enregistrer un commentaire

Articles les plus consultés